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Ceci est le titre d’une des oeuvres de Jos Deenen, cette phrase exprime aussi le travail de Jos, en tant qu’artiste. La mort lui sert à illustrer la vie.
Lorsque je suis venu, la semaine dernière, jeter un rapide coup d’oeil au travail qu’il expose actuellememt, un vieux poème m’est venu à l’esprit. Je pense qu’il est de Bloem mais, s’il vous plait, corrigez-moi si je me trompe.
“Quand je pense à la mort je ne peux dormir
et quand je ne peux dormir je pense à la mort”
Ces lignes peuvent résumer tous les titres écrits sous les collages exposés ici.
Les mots utilisés par Jos Deenen, pour la plupart écrits dans la colère, n’ont pas besoin d’explications. Les titres des oeuvres montrent qu’il ne peut s’agir que de son travail. La fureur est sa signature. La colère est son écriture.
Colère et sarcasme sont deux traits du caractère de Jos Deenen qui transparaissent de façon évidente dans son oeuvre. Colère contre l’injustice qui règne dans le monde. Sarcasme envers ceux qui prétendent en finir avec cette injustice. Autrefois, il était encore plus en colère, avec le temps, il devient plus sarcastique.
Peut-être est-ce pourquoi, ces dernières années, les couleurs de ses oeuvres se sont adoucies. Il y a moins de rouge : le rouge chaud des collages de Jos Deenen est toujours celui du sang. Dorénavant, il y a plus de blanc : le blanc est la couleur de l’innocence, innocence des anges et des enfants, qui pataugent dans des mares de sang.
Voilà le sarcasme. Jos montre l’hypocrisie qui ravage le monde.
Depuis des années, il démontre dans son oeuvre comment les USA se défendent contre des armes qu’ils ont eux-même fournies et contre une machine de guerre chimique et bactériologique qu’ils ont eux-même développée. L’armement utilisé pour attaquer la liberté occidentale, n’a pas été fabriqué pour rester inutilisé. Il est fabriqué parce que c’est ce dont l’économie a besoin et parce que l’industrie des armes est le coeur de l’économie américaine.
Maintenant qu’il y a de nouveau la guerre, et que les USA se voient en protecteur de notre monde contre des les démons qu’ils ont créés, ils se servent de leurs armes toutes nouvelles et encore secrètes en Afghanistan et leur industrie peut de nouveau tester ses dernières découvertes. Exactement comme dans la guerre du Golf, mais nous ignorons toujours les raisons de cette guerre, à moins que nous disions qu’elle a commencé pour protéger les intérêts des marchands de pétrole américains au Moyen-Orient. Les armes sont faites pour être vendues.
Pendant des années les USA ont boycotté la libre distribution de médicaments dans les pays du Tiers Monde, jusqu’à ce que , soudain, maintenant, il soit clair que d’avoir protégé leur industrie a causé chez eux une pénurie, celle des médicaments contre l’anthrax.
Maintenant, la loi va changer aux USA et il est permis, même à des pays qui ne détiennent pas de monopole de fabriquer, pour leur propre peuple, des médicaments contre l’anthrax ;
mais, les médicaments pour traiter le SIDA, dont les USA ont le monopole, il n’est toujours pas permis de les vendre à bas prix à l’Afrique, ce pourquoi des millions de gens meurent, sans nécessité aucune, afin que les multi-nationales pharmaceutiques américaines continuent à faire des profits élevés.
Il semble que cela se présente comme un discours politique, mais il m’est impossible de faire autrement lorsque je parle de l’oeuvre de Jos. L’exploitation au nom du profit est l’un de ses thèmes centraux. Ainsi que l’exploitation des esprits par des communautés religieuses monolithiques et leurs chefs, qui effraient les gens sur leur sort.

Foto: Lé Giesen
Quiconque connait Jos, connait son sourire sarcastique, tout spécialement lorsqu’il parle de se sujets favoris comme le pouvoir, la cupidité et l’oppresion. Toutes les trois phrases, il chasse d’un sourire les disfonctionnements du monde où nous vivons. Ce monde qu’il scrute quotidiennement dans toutes les conversations qu’il tient avec quiconque il rencontre.
Jos a besoin du sarcasme pour rester debout dans un monde qu’il n’accepte pas et c’est pourquoi, en tant qu’artiste, il mène sa propre guérilla solitaire.
Son oeuvre n’est pas seulement symbolique, elle est par dessus tout littéraire. Chaque image est une histoire avec beaucoup d’histoires secondaires. Chaque image est un cadre pour apprendre l’histoire du monde. Dans chaque image il y a maints niveaux à découvrir, et chaque niveau appelle une autre histoire. Ce ne sont pas de belles histoires. C’est la réalité de la littérature. Ceux qui lisent beaucoup savent que la vraie littérature doit être lue avec la plus grande attention. Elle évoque principalement les relations entre la vie et la mort. La vraie littérature parle surtout de la mort. Dans la vraie littérature, les livres qui parlent du destin des êtrs humains, ce ne sont que massacres. Cain et Abel, Sodome et Gomorre, Auschwitz et Srebrenica. Il n’y a pas d’humour dans cette littérature. La littérature n’est pas quelquechose dont on rit. Si nous voulons rire de quelque chose, nous avons les conneries de toon Kortooms et des lectures du niveau de Jules Deelder, Play-boy et les aphorismes sur les rouleaux de papier- toilette.
Avec ses collages, Jos fait de la littérarure, parce qu’il trouve le même ton que Louis Paul Boon, Isaac Bashew Singer, les poètes africains et les romanciers sud-américains. On retrouve le sens de l’absurde des romans de Marquez, dans le désordre recollé, ré-arrangé de notre monde tel que Jos l’exprime.
Jos est un vrai romantique : il voudrait que les gens soient bons, des gens qui s’aiment
et prennent soin les uns des autres au lieu de s’exterminer et s’exploiter. Cela se voit dans les couleurs qu’il utilise : des couleurs chaudes, mais hélas, dans son oeuvre, le rouge chaud est d’habitude la couleur du sang, et le vert, le vert poison de la haine.
Les yeux les plus doux sont le plus souvent ceux des enfants sur le champ de bataille, ou de ceux qui sont presque morts de faim, que sauve une putain secourable de Play-boy, ou ceux dont c’est l’ âme qui est sauvée par les derniers sacrements qu’administre un prélat de l’église catholique romaine.
Jos voit notre société comme une conspiration contre l’humanité.
Il est ému par notre monde et plein de commisération pour les exclus, cette émotion et cette commisération le font avancer. Cela, il le met en mots dans de féroces analyses de notre monde avec ses collages.
La manière dont il travaille, dont il fait ses collages, vient de son amour obsessionnel, de toute une vie, pour le papier. Jos est “accroc”au papier. Le papier comme insrument, le papier comme porteur de message.
Il connait tous les tenants et aboutissants du papier. Il imprime, dessine, compose, tappe, relie, il fabrique son propre papier et ses propres enveloppes, et il se publie lui-même. Grace à ce compagnonage de toute une vie avec le papier, le papier qui glisse entre ses doigts commence à vivre une autre vie, découpé et replacé dans un puzzle qui devient un message.
Comme artiste, il démantèle toutes les images, et remet en forme des milliers de fragments de Play-boy, Osservatore Romano, Esquire, National Geographic, Nieuwe Revue, Time, Neewsweek, Paris-Match, Stern, Geo, ainsi que des magazines scientifiques sur la photographie, l’anatomie, et l’astronomie ; ainsi il forme de nouvelles images qui montrent le lien entre le pape et le dictacteur chilien Pinochet, le cow-boy Malboro et la mort par la nicotine, les agressions planétaires jaillies du cerveau de l’internationale capitaliste, la fraternisation entre les garçons des pubs Coca-cola et l’Afrique qui meurt de faim.
Jos Deenen veut que vous fassiez appel à votre conscience. Et cela tout particulièrement le rend sarcastique. Il sait que nous, les autres, nous sommes cyniques aussi. Il sait que nous savons qu’il a raison, mais qu’après l’avoir admis, nous ne faisons que continuer à vivre dans ce monde qui rend le pauvre encore plus pauvre, ce monde où des armes toujours plus récentes et plus cruelles sont testées contre des des gens qui meurent de faim.
Il sait que nous nous achetons une bonne conscience en versant de l’argent à des fondations pour les enfants qui ont faim et en meurent.
Il sait que nous ne réagissons plus aux messages qui nous disent comment faire pour que cela soit différent.
Il sait que nous avons tous lu la phrase de Louis Paul Boom :
“Frappe les gens jusqu’à ce qu’ils aient une conscience”
Les artistes doivent être les artistes de la guérilla. Ils devraient matraquer les gens de leurs écrits et de leurs dessins, de ce qu’ils impriment, photographient et filment, de leurs hisoires et de leurs poèmes, de leurs collages et de leurs compositions, de leurs peintures et de tout ce qu’ils font. Jusqu’à ce que le monde ait une conscience.
Ton van reen